31/12/2006

Les Oghouzes, Oghuz, Oguz

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Les Oghouzes, Oghuz ou Oğuz (en turc de Turquie) furent l'une des branches principales des Turcs du VIIIe au XIe siècles. Lors de la migration des Turcs aux Xe, XIe et XIIe siècles, les Oghouzes firent partie des Turcs de la région de la mer Caspienne qui migrèrent vers le sud et l'ouest en direction de l’Asie occidentale et de l’Europe orientale, et non vers l’est en direction de la Sibérie.

Les Oghouzes sont considérés comme les ancêtres des Turcs occidentaux modernes : Azéris, Turcs de Turquie, Turkmènes, Turcs Kachkaïs d’Iran, Turcs du Khorassan et Gagaouzes (Gök Oğuz : Oghouzes bleus ou célestes), dont les effectifs combinés dépassent les 100 millions.

 

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Le nom Oghouze, qui dériverait de ok : "flèche" et uz : "tribu" a été écrit pour la première fois dans les inscriptions de l’Orkhon en langue turque (sous la forme de l’union tribale des Altı Oğuz : Six Oghouzes) sur les bords du fleuve Ienisseï en Mongolie. Elles indiquaient que six tribus s’étaient intégées et avaient formée une "union tribale" turque appelée Oghouze.
Cependant, des sources antérieures comme celles des Chinois mentionnent une tribu appelée "O-kut" et datant du IIe siècle av. J.-C. dans la région centre-asiatique de Tabargatay-Kobdo au Kazakhstan.

Le nom Oghouze pourrait être simplement un pluriel ancien de ok : flèche (pris dans le sens de “tribu”), à comparer avec le nom des Hongrois (on ogur : 10 flèches) et celui des peuples voisins des anciens Égyptiens (pdjt 9 : les 9 arcs).
Il exista aussi des confédérations nommées Sekiz Oğuz : Huit Oghouzes et Tokuz Oğuz : Neuf Oghouzes.
Le berceau des Oghouzes, comme d’autres Turcs pendant la période des Köktürks, semble avoir été la région des monts Altaï et le sud de la Sibérie.

Ils furent les principaux dirigeants de l'empire des Köktürks aux VIe et VIIe siècles, et établirent également l’État des Oghouzes Yabgu (yabgu est un titre princier) qui s’écroula en Asie centrale en l’an 1000. Ils fondèrent bientôt au XIe siècle l’Empire seldjoukide qui fut le deuxième empire turco-musulman (les Ghaznévides de la fin du Xe siècle furent les premiers princes turco-musulmans) en Asie centrale et au Moyen-Orient.

Du VIIIe au XIe siècles, ils habitèrent la région située entre la mer Caspienne et la mer d'Aral en Asie centrale. L’historien arabe Ibn al-Athir (1160-1233) déclare que les Oghouzes sont arrivés dans cette région (la Transoxiane) sous le règne du calife al-Mahdi (775-785). Ils se composaient de 24 (ou, quelquefois, 22) tribus, dont la légende est la suivante :

Le chef fondateur Oğuz Han (Oghuz Khan) eut, d’une première épouse, trois fils appelés Gün (soleil), Ay (lune) et Yıldız (étoile) et, d’une seconde épouse, trois autres fils du nom de Gök (ciel), Dağ (montagne) et Deniz (mer). Chacun de ces six fils eut lui-même quatre fils, d’où les 24 tribus.

Celles descendant des trois aînés sont les tribus Bozok ou Bozoklar (“flèche grise”, -lar, -ler est la marque du pluriel moderne), celles issues des trois cadets, les tribus Üçok ou Üçoklar (“trois flèches”). Chaque groupe de 4 tribus issu d’un des six fils a son ongun ou totem, un oiseau de proie, chaque tribu son tamga ou sceau pour le marquage du bétail.

Tribus Bozok

Kayı, Bayat, Alka Evli, Kara Evli.

Yazır, Dodurga, Döğer, Yaparlu.

Afşar, Begdili, Kızık, Kargın.

Tribus Üçok

Bayındır, Peçenek, Çavuldur, Çepnî.

Salur, Eymur, Ala Yundlu, Yüreğir.

İğdir, Büğdüz, Yıva, Kınık.

 

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La littérature des Oghouzes comprend le célèbre "Livre de Dede Korkut (Grand-père la Terreur)" qui fut l’œuvre littéraire de l’année 2000 pour l’UNESCO, ainsi que les épopées "Oghuz-nama" et "Koroglu" qui font partie de l’histoire littéraire des Azéris, des Turcs de Turquie et des Turkmènes. Selon Lev Gumilev, dans son ouvrage intitulé "1000 ans autour de la Caspienne", les Oghouzes étaient d’un type anthropologique caucasoïde.

Les dynasties établies en Perse et se réclamant des Oghouzes comprennent : les Seldjoukides, les Atabegs, les Aq Qoyunlu, les Qara Qoyunlu, les Séfévides, les Afsharides et les Qadjars ; en Anatolie (Turquie), les Oghouzes fondèrent l’Empire ottoman.

En particulier, les Seldjoukides (Selçukoğulları en turc) se rattachent aux Kınık, qui sont la tribu benjamine des Üçok, tandis que les Ottomans (Osmanoğulları en turc) se rattachent aux Kayı, qui sont la tribu aînée des Bozok.
Les Petchenègues sont les Peçenek issus de Dağ Han et les Afsharides se réclamaient des Afşar (mot lié à av : chasse) issus de Yıldız Han. Les Qara Qoyunlu disaient descendre des Yıva, issus de Deniz Han, et les Aq Qoyunlu des Bayındır, issus de Gök Han.

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08:12 Écrit par uchisarpension dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

LES OGHUZ VUS PAR LES ARABES

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« Le Turc en selle »

 

   Ni les Kharidjites ni les bédouins ne sont réputés pour leur adresse à tirer de l’arc étant à cheval. Le Turc, lui, de sa selle, atteindra un animal, un oiseau, une cible, un homme, une bête couchée, une borne dressée, un rapace qui fond sur sa proie. Sa monture sera éreintée d’avoir avancé et reculé, tourné à droite et tourné à gauche, monté et descendu, qu’il tirera encore, lançant dix flèches avant que le Kharidjite en ait encoché une seule.

  Le Turc, lui, a deux paires d’yeux : une devant et une autre derrière la tête […] S’il tourne bride, c’est un poison mortel, le trépas infaillible, car il place la flèche derrière lui aussi exactement qu’il la place en avant. Et on doit toujours craindre qu’avec son lasso il ne jette son chevalet, n’enlève le cavalier, de son fameux galop.

  Ils enseignent, eux, aux cavaliers à porter deux arcs, et même trois, et des cordes de rechange en proportion. A l’heure de l’épreuve, le Turc a donc avec lui tout ce qui est nécessaire à lui-même, à son arme, à sa monture et au soin de celle –ci.

  Quant à leur faculté de supporter sans faiblir le trot, les courses ininterrompues, les déplacements lointains dans la nuit, les marches à travers les pays, elle est des plus extraordinaires.

  Le Turc est plus expérimenté qu’un maréchal-férrant vétérinaire, plus habile qu’un dresseur à obtenir ce qu’il veut de son bidet. Car c’est lui qui l’a mis au monde, élevé lorsqu’il n’était encore qu’un poulain.

  Il vient à lui quand il l’appelle, court derrière lui quand il galope. Il l’y a si accoutume qu’il connaît son appel comme un cheval connaît « hue », une chamelle « ha !», un chameau « jahi !», une mule « adas !», un âne « sasa !», comme idiot de village connaît son sobriquet et un enfant son nom.

  Si tu faisais le compte de la vie d’un Turc, si tu la détaillais jour par jour, tu constaterais qu’il passe sur le dos de sa monture qu’il n’en passe à terre.

  Le Turc monte parfois un étalon, parfois aussi une poulinière.

 Qu’il parte en guerre, en voyage, qu’il s’éloigne en quête de gibier ou pour n’importe quel motif, et la poulinière le suit avec ses poulains.

 Est-il fatigué d’avoir chassé l’homme ? Il chasse la sauvagine. Sa monture dodeline-t-elle, veut-il manger un morceau ? Il n’a qu’à tirer à lui une de ces bêtes. A-t-il soif ? Il trait une de ses poulinières.

 Veut-il reposer l’une ? Il saute sur l’autre, sans même mettre pied à terre.

 De toutes les créatures du monde, il n’en est pas une dont l’organisme s’accommode d’être nourri exclusivement de viande, excepté lui ; de même de sa monture : il suffit de pousses, de brindilles, de feuilles d’arbre.

  Il ne l’ombrage point quand il fait soleil et ne la couvre point quand il fait froid.

 Le Turc est à la fois berger, palefrenier, dresseur, maquignon, maréchal-ferrant vétérinaire et cavalier : à lui seul, il est toute la collectivité à la fois.

 Quant le Turc chemine avec des troupes qui ne sont pas de sa race, il fait vingt milles pendants qu’elles en font dix, les quittant pour vagabonder à droite et à gauche, grimper au sommet des hauteurs et dévaler au plus profonds des ravins ; et cependant il tire sur tout ce qui rampe, marche, s’envole ou se pose. Jamais le Turc ne chemine comme le reste des troupes, jamais il ne va tout droit. Lorsque la route est longue et la marche pénible, que l’étape est encore loin et qu’on est au milieu du jour, que pèse la fatigue et que la lassitude accable, tous font silence : ce qu’on endure ne laisse point de place pour la conversation.

 Tout craque alentour sous l’intensité de la chaleur ou durcit sous la rigueur du gel. A mesure que la marche se prolonge, les plus robustes, les plus fermes en viennent à souhaiter que le sol se replie sous eux. Un mirage, un signal sur une crête, et les voilà transportés de joie, dans l’illusion que c’est l’étape. Y est-on enfin que chaque cavalier tombe de sa selle, en marchant les jambes écartées comme un petit enfant qui a pris un lavement et en geignant comme un malade, bâillant pour se délasser et s’étirant longuement pour chasser la fatigue. Le Turc, lui, bien qu’il ait fait en route deux fois plus de chemin et qu’il ait les épaules rompues à force d’avoir tiré, qu’il aperçoive à proximité de l’étape un onagre ou une gazelle, que se présente un renard ou un lièvre, et il repart au galop comme s’il venait tout juste d’enfourcher sa monture, à laisser croire que c’est un autre que lui qui a fourni cette longue course et enduré toute cette fatigue.

 Arrive-t-on à un ravin où l’on se presse au passage praticable, ou à un pont ? Le Turc, lui, lançant son bidet en avant d’un coup de talon, remonte déjà de l’autre côté, pareil à une étoile. Arrive-t-on à un raidillon ? Il laisse là le chemin, empruntant, pour monter, la pente même de la montagne, et le voilà bientôt là où le bouquetin n’atteindrait pas. A le voir grimper de la sorte, tu juges qu’il risque imprudemment sa vie : mais s’il en allait vraiment ainsi, il ne resterait pas longtemps sauf, tant il recommence souvent.

 

Texte d’Al Jâhiz (864 ap JC), Epitre au calife Al Mutawakkîl, cité par J.Sauvaget dans Histoire arabes (pages chinoises), Andrien-Maisonneuve, 1946, pp. 7-10. 

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